[right]
[/right]
8) Le bluff.
On entend parfois dire qu’il ne faut pas (ou peu) bluffer en micro limites. Il y a trois raisons à cela:
-
Plus nous jouons à une limite basse, moins nous avons de fold equity (FE), c’est à dire de chance de faire coucher notre adversaire. Les joueurs récréatifs, et même certains regs, ne pensent pas en terme de bb et de caves mais en valeur absolue (en centimes et en €).
-
Quand nous jouons à une limite basse, nous sommes souvent un joueur avec peu d’expérience. Nous avons donc plus de mal à discerner les bonnes occasions de bluff (bons profils de vilains et bons boards).
-
Les bets pour value suffisent à assurer un bon winrate (WR), surtout en NL2/4/5. Ce sera de moins en moins vrai quand vous monterez de limites, où il faudra à la fois savoir plus value bet thin et mieux bluffer. A ce niveau, il y a déjà une différence assez notable entre la NL2 et la NL10.
Toutes ces raisons ont un fond de vérité, cependant si vous voulez progresser il vous faudra bien vous jeter à l’eau. Vous commettrez des erreurs évidemment, mais elles seront profitables en terme d’expérience. Comme on dit, c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Mais ne vous méprenez pas, il ne faut pas tout de suite tout le temps bluffer! Les bons joueurs bluffent d’ailleurs généralement moins qu’on peu le penser. Ils savent juste mieux repérer les bons spots de bluff. Vous commencerez donc par peu bluffer en NL2 et augmenterez vos fréquences de bluff (et surtout de semi-bluff) au fur et à mesure que vous monterez de limites et gagnerez en expérience.
Quelques idées à garder en tête:
-
Quand vous bluffez essayez toujours d’estimer votre FE. C’est vraiment le plus important, combien de joueurs se sont empalés contre des CS en voulant à tout prix bluffer? Pour être immédiatement profitable un bluff à 1/2 pot doit passer plus de 33% des fois (50% pour un bet pot et 66% pour un over-bet à 2x le pot).
-
Bluffez plus souvent en position que OOP. Vous pourrez mettre plus de pression à votre adversaire et celui-ci jouera plus face-up (il va c/r ses gros jeux par exemple). N’oubliez pas que vous gagnez plus d’informations en étant IP.
-
Contre des joueurs larges-passifs, il est généralement inutile de transformer sa SV faible en bluff. Si vous touchez la troisième paire du flop et êtes OOP face à un joueur peu agressif, checkez et essayez d’aller au showdown.
-
Vous blufferez avec votre « haut de range de fold ». C’est à dire avec des mains qui ont un certain potentiel ou une faible équité, mais qui ne sont pas assez bonnes pour call (cotes insuffisantes). Des mains de type draw faible ou troisième paire.
-
En général, on ne bluff pas avec de la SV. Mais il y a cependant des exceptions à cette règle, comme vu dans le point précédent ou une main avec laquelle on a suivi jusqu’à la river, mais qu’on a compris qu’elle n’était plus bonne et on décide de la tourner en bluff… Notamment quand vous défendez une PP ou une paire intermédiaire, voir une top pair mal kickée. Mais soyez sûr de votre FE!
Un exemple classique: vous avez défendu AJ sur AT722, vilain envoie un 3[sup]rd[/sup] barrel 1/2 pot et d’après votre lecture Il a très souvent AK/AQ. Vous le savez capable de gros folds. Vous transformez votre main en bluff et faites un gros raise à tapis. Je profite cependant de cet exemple qui est une exception en micro pour vous déconseiller fortement d’essayer faire folder des top pairs! Votre edge en micro sera justement de savoir faire des folds que les autres ne savent pas faire, comme respecter le fameux théorème de Baluga.
-
Tentez surtout des petits bluffs et évitez les gros. Se faire prendre dans des petits bluffs peut être utile pour faire de gros value bets.
-
Plus il y a d’adversaires, moins souvent on bluff.
-
Bluffez sur les boards qui sont sensées avoir aidé votre range si votre adversaire est suffisamment bon pour vous mettre sur un range. Par exemple un donk bet ou un c/r sur un flop drawy. Mais demandez-vous toujours quelle partie du range de votre adversaire vous pouvez lui faire abandonner. Comme je l’ai déjà dit, il est souvent mauvais d’essayer de faire coucher une TPGK en micro limites, même sur un board mauvais pour votre adversaire. Soyez sûr de vous.
-
Utiliser les bonnes cartes à bluffer. En HU, misez sur une carte montante ou une scary card (une carte qui fera peur à votre adversaire). Au contraire les cartes qui ne changent rien sont mauvaises à bluffer (comme les doublettes). Par contre en multiway, les cartes montantes et les scary cards améliorent plus souvent quelqu’un, donc préférez les briques pour tenter un bluff. Mais de toute façon bluffez rarement en multiway, sauf dans les petits pots limpés.
-
Théoriquement un bon bluff est un bluff qui raconte une histoire. Mais contre des joueurs qui ne jouent que leurs cartes concentrez vous plus sur ce que vous pouvez leur faire folder que sur ce que vous représentez, car ils n’y prêteront généralement pas attention.
-
Le one shot, c’est à dire une seule mise en bluff est souvent insuffisant pour bluffer, en dehors du cas du CBet, du donk bet ou du raise CBet (et encore…). Si vous misez Turn, il faudra souvent aussi miser River. Beaucoup de joueurs vont payer une mise avec une under-pair ou une hauteur A, mais il faudra envoyer une deuxième salve à la River pour leur signifier qu’on a vraiment quelque chose! On a souvent cette situation soit en étant le défenseur PF et Vilain a checké au flop, soit dans les pots limpés.
-
Si votre adversaire semble GU. Par exemple quand il check deux fois de suite. Si vous n’avez pas de SV c’est le seul moyen de gagner le coup.
-
Utiliser les bloqueurs de nuts. Si vous avez une carte qui empêche Vilain d’avoir les nuts, vous pouvez envisager de raise en bluff. Uniquement contre des adversaires compétents.
-
Le 3 barrel bluff. Efficace mais pas forcément facile à maîtriser. Savoir exactement sur quelle carte barreller, contre quel adversaire et dans quelle situation n’est pas évident. On sort du cadre de ce guide qui veut aider à prendre des décisions plus faciles et ne pas à se mettre dans des situations compliquées. De toute façon il s’agit d’un move trop compliqué pour être détaillé en quelques lignes. Voici quand même trois petits conseils: Faites-le sur un board suffisamment sec pour ne pas représenter un miss draw. Faites-le si vous pensez que votre adversaire a un range capé et ne supportera pas une troisième mise. Et enfin faites-le sur un backdoor scary pour votre adversaire (comme 2 cartes montantes ou un backdoor flush que Vilain ne peut avoir). Dans tous les cas, faites-le contre les bons profils!
-
L’overbet (voir paragraphe 3 h). On l’utilise souvent (mais pas uniquement) avec un range polarisé. S’il est utilisé en bluff, c’est pour faire folder un range capé chez notre adversaire.
-
Faire coucher les miss draws qui nous battent à la river. Lorsqu’on n’a aucune SV et qu’il y a plusieurs miss draws au tableau, une petite mise (1/2 pot ou moins) est suffisante pour faire folder les hauteurs qui nous battent et parfois des petites paires.
-
N’abusez pas du bluff! Il doit rester l’exception. En NL2, vous pouvez facilement vous passer du bluff en dehors du CBet, du 2[sup]nd[/sup] barrel sur une carte montante, et de vols de quelques pots orphelins (des pots pour lesquels personne n’a montré d’intérêt).
9) La red line.
Il s’agit de la courbe de gains sans showdown, par opposition à la blue line, courbe de gains avec showdown. Elle n’est pas uniquement liée au jeu post-flop mais je la présente quand même ici parce que que je vais surtout parler de la façon de l’améliorer après le flop.
Avoir une courbe qui descend beaucoup n’est pas grave en soit si la courbe de gain totale (la ligne verte du tracker) monte correctement. Mais elle peut être l’indice de leaks dans notre jeu et il faudra faire en sorte qu’elle ne descende pas trop afin de bien préparer notre ascension vers les limites plus hautes.
Une red line qui descend trop (disons si sa valeur négative est supérieure à 70% de la valeur positive de la blue line) c’est souvent signe d’un jeu trop peu agressif et/ou trop straightforward (dit ABC). On se retrouve aussi souvent avec un « WWSF » bas, en dessous de 42% (qui est la limite basse acceptable en micro limites si on ne se bat pas trop pour les pots limpés en BB), alors qu’un joueur agressif avec une bonne red line aura un « WWSF » autour de 45% (moyenne entre 42% et 48%, au dessus on commence à être trop agressif).
Voici quelques éléments qui peuvent vous aider à améliorer votre red line:
-
Défendre activement ses blindes. Par exemple à l’aide de resteals PF ou de c/r Cbet au flop après avoir suivi PF.
-
Beaucoup attaquer les blindes.
-
Utiliser les 3bets et 4bets-light contre les bons profils.
-
Eviter les petites pertes cumulées en jouant soit trop loose soit trop ABC.
-
Se battre pour les pots ou les abandonner très vite (ne pas faire les choses à moitié). ex 1: Si on bet en bluff au Turn dans un pot orphelin, c’est souvent pour bet aussi River. ex 2: Eviter les lines bet, bet, check/fold ou check/call turn, check/fold river (voir alinéa suivant). Cependant, il faut aussi savoir ne pas se sentir commit et savoir abandonner quand on ne bat plus rien (voir la théorie de l’engagement dans « le poker apprivoisé »), savoir faire des folds frustrants.
-
Payer un tour pour se coucher au suivant sur une brique est souvent une erreur. Il faut donc décider de soit se coucher sur le premier tour, soit de payer sur les deux tours (plan de jeu).
-
Attaquer les pots orphelins si le board percute peu les ranges adverses ou que vos adversaires montrent peu d’intérêt pour le pot. Souvent sur 2 ou 3 tours d’enchères en tenant compte de l’évolution du board.
Donc pour résumer, il faut être globalement plus agressif et accrocheur. Et bien sûr éviter de jouer de manière trop automatique.